Gécamines, le bon timing pour un nouveau départ

Gécamines, le bon timing pour un nouveau départ

(Ecofin Hebdo) - La RDC fait partie de ces pays extrêmement riches en ressources naturelles, mais dont les habitants sont parmi les plus pauvres du monde. Symbole de cette «malédiction des matières premières», Gécamines, la compagnie détenue par l’État et censée porter ses intérêts dans les mines de cuivre et cobalt, broie depuis plusieurs années du noir. Alors que le pays a récemment élu un nouveau président, Gécamines redeviendra-t-elle, sous ce nouveau régime, le géant minier qu’elle était dans ses années fastes, pour le profit des Congolais ?

 

Jadis géant…

La Générale des Carrières et Mines tire son origine de l’Union minière du Haut Katanga, une compagnie créée en 1906 et nationalisée en 1967. L’UMHK ne deviendra Gécamines qu’en 1972 après plusieurs changements d’appellation, Gécomin (1967), Gécomines (1970). La nouvelle entité a été durant longtemps la principale source de revenus de la RDC, en termes d’apports fiscaux (impôts, taxes et droits divers) et d’investissement dans les infrastructures routières via sa filiale Sicomines.

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L’UMHK ne deviendra Gécamines qu’en 1972 après plusieurs changements d’appellation.

 

En 1986, Gécamines a enregistré un record de production avec 476 000 tonnes de cuivre, 14 500 tonnes de cobalt et 64 000 tonnes de zinc lingots. Aux niveaux actuels de production de la RDC, le volume de cuivre représenterait près de 40% de la production nationale et le volume de cobalt environ 15%. Outre les données opérationnelles qui affolaient les compteurs, le chiffre d’affaires de la société a atteint au cours de cette période le milliard de dollars, alors que ses versements fiscaux à l’Etat s’élevaient en 1988 à 368 millions $.

En 1086, le chiffre d’affaires de la société a atteint le milliard de dollars, alors que ses versements fiscaux à l’Etat s’élevaient en 1988 à 368 millions $.

Les heures fastes de Gécamines ont duré jusque dans les années 90, puis la compagnie a sombré progressivement entre crises du secteur minier, guerre civile en RDC entre 1996 et 2002. Aujourd’hui, elle est une société commerciale de droit privé (depuis 2010) dont l’État congolais est l’unique actionnaire. Elle assure les intérêts publics en concluant des partenariats avec des groupes étrangers. Avant et après cette transformation, elle a essayé plusieurs fois de se relancer, mais semble échouer à chaque fois, avec accumulation de dettes.

 

Prise pour cible par les ONG internationales…

Depuis plusieurs années, Gécamines essuie les critiques de la part des ONG internationales et de plusieurs observateurs. Entre corruption, détournement de fonds, mauvaise gestion, les accusations ne manquent pas, et depuis 2017, elles se sont accrues.

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Entre corruption, détournement de fonds, mauvaise gestion, les accusations ne manquent pas.

 

Dans un rapport paru fin 2017 et intitulé «Affaire d’État : privatisation du secteur du cuivre en République démocratique du Congo», l’ONG Carter Center a accusé Gécamines d’avoir dissimulé entre 2011 et 2014, près de 750 millions de dollars de revenus de transactions portant sur le cuivre et le cobalt.

L’ONG Carter Center a accusé Gécamines d’avoir dissimulé entre 2011 et 2014, près de 750 millions de dollars de revenus de transactions portant sur le cuivre et le cobalt.

Pour l’organisation, la «position privilégiée» de Gécamines lui a permis de générer, à travers ses partenariats, entre 2009 et 2014, 262 millions $ par an en redevances, bonus et autres frais contractuels, revenus qui «sont largement hors du contrôle public».

«La Gécamines demeure une boîte noire d’un point de vue financier […]. La mauvaise gouvernance lui  a permis de conclure des accords miniers opaques qui ne servent pas l'intérêt général», peut-on lire dans le rapport.

Dans la même lignée que Carter Center, l’ONG Global Witness indiquait plus tôt dans l’année que Gécamines serait le principal responsable de la disparition de plus de 750 millions de recettes versées par des compagnies minières à destination du Trésor public entre 2013 et 2015.

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« Imposer un meilleur partage des revenus entre les investisseurs et les pays hôtes».

 

La compagnie congolaise a réfuté à chaque fois les accusations. Après la parution fin 2018 d’un rapport de l’organisation à but non lucratif Enough Project à l’encontre de la société, cette dernière a décidé de publier à son tour un rapport pour répondre à toutes les accusations «outrancières et systématiques» des ONG qui la soupçonnent de «détournements». Dans le document, elle estime qu’elle n’est pas la cause du déséquilibre dans la répartition des richesses de la RDC. 

«C’est l’impact du code minier de 2002 et du système mis en place par les sociétés multinationales du secteur minier, qui conduit à priver l’État et Gécamines de bénéfices attendus», a-t-elle déclaré.

«C’est l’impact du code minier de 2002 et du système mis en place par les sociétés multinationales du secteur minier, qui conduit à priver l’État et Gécamines de bénéfices attendus», a-t-elle déclaré.

Pour elle, les allégations sont destinées à «servir les mêmes intérêts qui, partout dans le monde, voient d’un mauvais œil les pays en développement qui ont fait le choix légitime de se réapproprier leurs ressources naturelles et d’imposer un meilleur partage des revenus entre les investisseurs et les pays hôtes».

 

Les perspectives pour Gécamines sous le nouveau régime

Gécamines a annoncé début 2018 vouloir renégocier ses partenariats avec les groupes étrangers. Selon Albert Yuma, le président de son conseil d’administration, cette décision serait motivée par le fait que les accords existants ne lui donnaient pas à l’État, son unique actionnaire, «une part suffisante», des richesses minérales du pays. 

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Depuis, plusieurs ententes ont été trouvées sur les 17 partenariats de la société.

 

«Ce déséquilibre est principalement le fruit d’une histoire qui a placé notre État dans une situation difficile et l’a contraint à négocier en position de faiblesse.», a-t-il indiqué. Depuis, plusieurs ententes ont été trouvées sur les 17 partenariats de la société.

  • Un accord de partage de production a ainsi été signé en décembre 2018 avec la société chinoise Hongkong Excellen Mining Investment, sur les gisements Kingamyambo et Kilamusembo, dont les réserves pourraient dépasser de 1 000 000 tonnes de cuivre et 100 000 tonnes de cobalt.
  • Plus tôt dans l’année, Gécamines a renégocié son partenariat avec le kazakh Eurasian Resources Group avec à la clé : une plus grande participation (49% contre 30% précédemment) dans leur coentreprise Boss Mining, l’annulation d’une dette de 1,5 milliard $ de la filiale à l’égard du groupe et une indemnité de 30 millions $ en règlement d’un différend entre les deux parties.
  • Même modus operandi concernant le partenariat avec le géant suisse Glencore, renégocié en 2018. Glencore a ainsi accepté de réduire de 9 milliards $ à 3,45 milliards $ la dette de la filiale KCC (entité opérationnelle détenue conjointement par les deux parties) et de payer une «indemnité transactionnelle» de 150 millions $.
  • Un accord a également été trouvé avec le Groupe Forrest pour reprendre le plein contrôle de l’usine de traitement du terril de Lubumbashi.

 

Le bon timing 

Le timing semble être le bon. Les nouveaux objectifs de Gécamines coïncident avec un changement de régime en RDC. La compagnie avance sur son programme de production et d’investissement annoncé en 2016 pour redevenir « un grand acteur minier international ».

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Redevenir « un grand acteur minier international ».

 

Dans ledit programme, elle a décidé de se focaliser uniquement sur ses filières de production réellement profitables, avec pour objectif à terme la production de 74 000 tonnes de cathodes de cuivre.

Elle a décidé de se focaliser uniquement sur ses filières de production réellement profitables, avec pour objectif à terme la production de 74 000 tonnes de cathodes de cuivre.

En attendant que le nouveau gouvernement soit constitué et que les objectifs pour le secteur minier soient clairement définis, il ne fait aucun doute que Gécamines aura un rôle clé à jouer dans toutes perspectives pour les mines dans le plus grand pays d’Afrique centrale. En effet, elle opère dans deux sous-secteurs clés, celui du cuivre et du cobalt. Si le pays est leader africain pour le premier, il faut noter que le cobalt congolais est devenu depuis peu un produit stratégique qui attire de grandes firmes internationales actives dans le secteur de l’industrie automobile électrique et dans l’électronique. La République Démocratique du Congo est le plus grand producteur mondial du métal.

Louis-Nino Kansoun

Louis Nino Kansoun

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